LA SAGA DES HÉROS OUBLIÉS

L'exploration
de l'Ouest

PAR JACQUES BERREL


Statue de la Vérendrye érigée à Winnipeg, ancien site du fort Rouge.

Ils ont nom Jolliet, Marquette, Groseilliers, La Harpe, Bourgmont, Saint-Denys, Perrot, La Vérendrye. Ce sont les découvreurs de l'Ouest, bien avant leurs successeurs anglo-saxons. Partis de Québec au XVIIe siècle, de la Nouvelle-Orléans au XVIIIe, coureurs des bois, soldats ou missionnaires, vivant parmi les Natchez ou les Iroquois, rien ne les arrêta. Récit d'une aventure qui fait rêver.

Premier historien de la conquête du Grand Ouest, l'Américain Francis Parkman remarque en 1869 " qu'il est étonnant qu'une poignée de Français ait pu avoir tant d'empire sur tant de sauvages... " Juste hommage rendu aux quelques coureurs de bois, missionnaires, officiers ou trafiquants de fourrures qui, aux XVIIe et XVIIIe siècles, furent les premiers à sillonner les espaces infinis de la Prairie, à vivre au milieu des tribus indiennes, à ouvrir des pistes dans les vastes étendues texanes ou dans l'immensité des forêts canadiennes. Du delta du Mississippi aux rives de la baie d'Hudson, du cours de l'Ohio à l'imposante barrière des Rocheuses, ce furent quelques hardis gaillards issus de la Nouvelle-France canadienne ou de la modeste colonie installée en Louisiane qui établirent les premiers contacts avec les populations indigènes, reconnurent lacs et cours d'eau, firent admettre - malgré les moyens dérisoires dont ils disposaient - l'autorité de leur souverain sur des territoires immenses, trop vite oubliés par les bureaux de Versailles. La France a pu se reprocher d'avoir laissé en friche les immenses possibilités qui s'offraient alors à elle de l'autre côté de l'Atlantique et c'est ce qui explique peut-être le relatif oubli dans lequel a sombré aujourd'hui son épopée américaine. Les reconnaissances conduites alors par ses coureurs de prairie n'en ont pas moins largement préparé la voie à Meriwether Lewis et à William Clark, les deux officiers virginiens qui, en octobre 1805, atteindront la côte du Pacifique à l'embouchure de la Columbia, après avoir réalisé - à la demande du président Thomas Jefferson et pour le compte de la jeune république des États-Unis - la première traversée d'est en ouest de l'ensemble du continent.

De la baie des Puants
à la rivière des Renards

Reconnue une première fois par Jacques Cartier en 1534, abandonnée une dizaine d'années plus tard après une éphémère tentative d'installation conduite par Roberval, la vallée du Saint-Laurent a vu en 1603, avec l'arrivée de Dupont-Gravé et de Champlain, l'établissement d'une Nouvelle-France d'Amérique du Nord. La fondation de Québec, puis de Montréal, l'arrivée de solides paysans venus de Normandie, du Maine, du Poitou ou de Saintonge, la mise en valeur des terres et le développement d'un fructueux commerce des fourrures, tout cela va contribuer à l'essor d'une colonie où une poignée d'hommes va trouver l'occasion de se mesurer à tout un continent. Dès 1615, Champlain remonte la rivière des Outaouais et atteint les lacs Nipissing, Huron et Ontario. Il hiverne chez les sauvages, bientôt suivi par d'intrépides coureurs des bois - les Marsolet, Godefroy, Vignau ou Le Tardif - qui n'hésitent pas à partager la vie des Algonquins ou des Hurons. Non sans risques puisque Étienne Brûlé, l'un des plus célèbres de ces aventuriers de la première génération canadienne, irait tué et mangé par les indigènes, bien différents des " bons sauvages " rêvés par les philosophes du siècle suivant. Arrivé en 1618 en Nouvelle-France, Jean Nicollet passe deux ans chez les Algonquins et huit autres chez les Nipissings avant de s'avancer vers l'ouest en 1634, jusqu'au lac Michigan dont il explore les rives avant de remonter, à partir de la baie des Puants, la rivière des Renards pour gagner ensuite le cours de la rivière Wisconsin. C'est durant cette expédition de trois mille kilomètres qu'il visite le village indien de Chekakou, appelé à devenir notre moderne Chicago. Après les coureurs de bois, ce sont les hommes de Dieu, jésuites et récollets, qui s'enfoncent dans l'immensité de forêts canadiennes. Plusieurs d'entre eux - notamment les pères Jogues, Daniel ou Lallemant - y connaîtront le martyre pour avoir voulu évangéliser les féroces Iroquois, mais les missions installées en divers points - à Sainte Marie-du-Sault, entre les lacs Huron et Supé rieur, ou à Michillimackinac, entre les lacs Huron et Michigan - deviendront de précieuse étapes pour tous ceux qui chercheront à pousser plus loin vers l'ouest. Parmi ceux-ci Jacques de Noyon traverse le lac Supérieure atteint la région de l'actuel État canadien du Manitoba. Deux beaux-frères, Médard Chouart Des Groseilliers et Pierre Esprit Radisson, vont ensuite écrire l'une des pages les plus étonnantes de l'épopée canadienne. Familiers de la région des Grands Lacs, ils sont déjà allés jusqu'au cours supérieur du Mississippi et ont vécu chez les Iroquois quand ils rencontrent des Indiens Cris de la baie d'Hudson venus vendre leurs peaux plus au sud. C'est ainsi qu'ils réaliseront, en 1662, la première liaison entre Québec et la grande baie découverte en 1607 par l'Anglais Henry Hudson. Faute de bénéficier d'un soutien suffisant, ils se mettront au service de l'Angleterre qui saura, avec la création - en 1670 - de la Compagnie de la baie d'Hudson, mettre à profit leurs efforts, pour le plus grand bénéfice de son commerce. Après eux, le père jésuite Albanel sillonnera à son tour les immenses étendues qui séparent la vallée du Saint-Laurent des rives de la grande baie du Nord.


Sur les rives des Grands Lacs, le père Allouez a entendu parler de la " Grande Eau ", un immense fleuve qui s'écoule vers le sud et dont on se prend à rêver qu'il conduit peut-être à la grande mer du Sud, à cet océan Pacifique par lequel il sera peut-être possible de gagner la Chine et d'accéder à ses richesses. Au cours du siècle précédent, l'Espagnol Hernando de Soto avait remonté en 1540 le Mississippi (le grand fleuve Saint-Esprit) mais, depuis, ses compatriotes installés au Mexique et en Floride avaient renoncé à retrouver, dans les multiples bras de son delta, l'embouchure de ce qui était devenu le Rio Escondido, le Fleuve Caché. C'est donc à partir du nord qu'il convenait de rechercher le cours du " Père des Eaux " . Louis Jolliet et le père Marquette vont s'y employer avec succès. Partis des rives du Michigan, ils empruntent le cours de la rivière des Renards, puis celui de la rivière Wisconsin pour atteindre celui du Mississippi, le 17 juin 1673. Ils vont le descendre pendant un mois, du 43e au 34e degré de latitude, puis passer les confluents du Missouri et de l'Ohio avant de s'arrêter en un endroit que l'on peut localiser entre les villes actuelles de Memphis et de Vicksburg. Sur le chemin du retour, ils remontent l'Illinois pour regagner ensuite les eaux du lac Michigan. Moins de dix ans plus tard, c'est Robert Cavelier de La Salle, qui a déjà établi une liaison entre les vallées du Saint-Laurent et de l'Ohio, qui reprend le même chemin mais pousse jusqu'à son terme la descente du fleuve pour prendre possession, en avril 1682, au nom de Louis XIV, des immensités de la Louisiane. A peu près à la même époque, Nicolas Perrot séjourne chez les Outagamis, les Miamis et les Illinois, pendant que Daniel Greysolon Du Lhut explore les régions situées à l'ouest et au sud-ouest du lac Supérieur, où il entre en contact avec les Sioux.


Canadien allant à la chasse et à la guerre en raquette.
Gravure du XVIIIe siècle.


Tout au long du XVIIe siècle, c'est à partir de la Nouvelle-France que s'est réalisée l'exploration des immenses espaces nord-américains. Les choses vont changer dans la première moitié du XVIIIe siècle car, à ce moment, c'est de Louisiane que vont partir les officiers et les coureurs de prairie chargés de reconnaître les vastes régions qui séparent le Mississippi des Rocheuses et des possessions espagnoles du Mexique. Dès 1698, Pierre Le Moyne d'Iberville, un Canadien d'origine dieppoise, revient sur les côtes du golfe du Mexique, là où avait lamentablement échoué l'entreprise de colonisation du malheureux Cavelier de La Salle. Il retrouve l'embouchure du Mississippi et installe une première colonie à Biloxi, dans la baie de Mobile. Contre " les Anglais qui ont l'esprit de la colonie ", il conseille " d'establir un bon port le plus près de la rivière qu'il est possible "et de " connaître le dedans des terres et tous lieux habités, tant par les sauvages que par les Espagnols ". C'est ainsi que le commandant de Sauvolle entre en contact avec les tribus voisines des Tonicas et des Natchez. Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, l'un des frères d'Iberville, reconnaît pour sa part les régions s'étendant entre la rivière Wachita et la rivière Rouge, sur la rive droite du grand fleuve. Pierre Le Sueur - un cousin d'Iberville, familier du pays des Sioux qu'il a sillonné en compagnie de Nicolas Perrot, le célèbre coureur des bois et de prairie canadien - remonte en 1700 le Mississippi à partir de la Louisiane puis emprunte le cours du Minnesota pour retrouver le pays sioux. Arrêté par l'hiver et les glaces à plus de 44° de latitude nord, il fonde le fort Lhuillier dont il confie la défense au sieur d'Eraque, mais qui sera bientôt attaqué par les Renards et les Mascoutens. Il redescend ensuite vers le sud pour ramener à Biloxi d'impressionnantes quantités de peaux et de fourrures. Iberville imagine alors d'appuyer la colonisation de la Louisiane sur le fort Louis établi dans la baie de Mobile et sur trois forts installés sur le cours du Mississippi. Il imagine qu'un bel avenir est ouvert au commerce des fourrures entre la région des Grands Lacs et l'établissement français du golfe du Mexique mais il meurt en 1706 et les traiteurs de fourrures de Québec et de Montréal font tout pour faire avorter ce projet.

Étienne de Bourgmont
l'intrépide

En 1714, le nouveau gouverneur de la Louisiane, Antoine de La Mothe-Cadillac, envoie vers l'ouest Louis Juchereau de Saint-Denys, qui, après avoir fondé sur la rivière Rouge le fort Saint-Jean-Baptiste-des-Natchitochés, destiné à barrer l'accès du Mississippi aux Espagnols, parvient jusqu'au Rio Grande del Norte après avoir traversé le Texas. Il se rend ensuite jusqu'à Mexico où il est détenu quelque temps par les Espagnols. Après lui, le Malouin Jean-Baptiste Bénard de La Harpe explore, à partir de 1719, le cours de la rivière Rouge et de l'Arkansas et prend contact avec les Pawnees et les Paducas. La même année, Claude Charles du Tisné visite le Kansas et l'Oklahoma, le pays des Osages, puis celui des Illinois, et remonte une partie du Missouri, sans pouvoir s'avancer jusqu'au territoire des Comanches. Il franchit l'Arkansas sur le chemin du retour et traverse les régions peuplées par les Pawnees. Revenu en Louisiane, il y sera tué par les Chicachas en 1736.
C'est le fils d'un chirurgien normand, Étienne Véniard de Bourgmont, contraint de s'expatrier au Canada pour avoir commis quelques menus délits, qui va pousser plus loin vers l'ouest la reconnaissance des grandes plaines qui occupent le centre de l'Amérique du Nord. Dès 1702, il descend l'Ohio avec Charles Juchereau de Saint-Denys puis vit chez les Illinois en pratiquant le commerce des fourrures. Il remplace quelque temps La Mothe-Cadillac au fort Pontchartrain puis, relevé de ses fonctions, vit chez les Indiens du lac Erié avant d'aller s'installer chez les Missouris. Il rejoint en 1713 Mobile, qui est alors la " capitale " de la Louisiane française, et entreprend une remontée du Mississippi et du Missouri, sur lequel il s'avance jusqu'à son confluent avec la Platte River, au sud de l'actuelle ville d'Omaha. Il tient alors un journal de bord, La route qu'il faut tenir pour monter la rivière Missouri, qui sera très utile à Delisle pour établir la carte de ces régions. Un autre ouvrage, intitulé Exacte description de la Louisiane, présente en détail tout le territoire drainé par le Mississippi. Demeuré au service du gouverneur de la Louisiane, qui l'utilise comme ambassadeur auprès des tribus indiennes, il revient en France en 1720 pour y être fait chevalier de Saint-Louis et commandant du pays Missouri. C'est alors qu'il projette d'explorer le pays des Paducas, installés dans l'ouest de l'actuel Kansas, ennemis traditionnels des tribus alliées des Français et obstacle bien gênant pour toute tentative de recherche d'une route en direction de l'ouest, vers cet océan Pacifique qui permettra d'atteindre la Chine. Son projet retenu, il quitte Lorient en juin 1722 pour rejoindre La Nouvelle-Orléans, d'où il part en février 1723, privé de tout soutien par Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville qui est franchement hostile à une expédition qu'il juge inutile. Partie en juillet 1724 du principal campement des Kansas, Bourgmont souffre de la chaleur et des fièvres et, malade, doit se replier, non sans avoir envoyé son lieutenant, François Gaillard, chez les Paducas pour y établir un premier contact. II repart en septembre et rejoint so lieutenant, qui lui amène les chefs paducas.


La Harpe remontant la rivière des Arkansas en compagnie de ses
amis indiens sur leurs merveilleux canots d'écorce.


Devant un grand rassemblement d'Indiens issus des diverses tribus, il prêche la paix nécessaire puis s'enfonce vers le sud-ouest, où la prairie semble occupée à l'infini par d'immenses troupeaux de bisons. On a installé entre-temps, à quatre cents kilomètres à l'ouest du Mississippi, le fort d'Orléans. En octobre, un nouveau rassemblement d'Indiens fournit l'occasion de réaffirmer la nécessité de la paix entre les tribus. Avant de fumer le calumet traditionnel, Bourgmont remet au plus important des chefs indigènes un drapeau blanc fleurdelysé. Revenu à La Nouvelle-Orléans, il s'y embarque pour la France où plusieurs Indiens sont reçus à Paris, à Versailles, à Marly et à Fontainebleau. Une princesse missourie est même baptisée à Notre-Dame... Anobli en décembre 1725, le découvreur des plaines de l'Ouest mourra en Normandie neuf ans plus tard.

Une famille
d'explorateurs

Les dernières grandes découvertes géographiques réalisées par les Français en Amérique du Nord sont le fait du Canadien Pierre-Gaultier de Varennes de La Vérendrye et de ses fils, Jean-Baptiste, Pierre et François, auxquels il convient d'ajouter leur compagnon Christophe de La Jemmeraye. Fils d'un ancien lieutenant au régiment de Carignan-Salières, devenu ensuite gouverneur de Trois-Rivières, Pierre de La Vérendrye a servi au régiment de Bretagne et a été blessé à Malplaquet. Revenu au Canada, il y a commandé le poste du lac Nipigon avant de répondre à son tour à l'appel de l'ouest. Convaincu de pouvoir trouver en cette direction une route qui le mènera vers le Pacifique et la Chine, il quitte Montréal en juin 1731 et hiverne avec ses fils dans la région du lac Supérieur. En 1734, ils reconnaissent le lac Winnipeg. Ils édifient ensuite le fort Rouge, au confluent de la rivière Rouge et de la rivière Assiniboine. En 1738, ils explorent la région qui s'étend entre l'actuelle ville de Regina, dans le Saskatchewan, le nord-est du Montana et le nord-ouest de l'actuel Dakota du Nord. Ils poussent des reconnaissances chez les Sioux et les Mandans et découvrent en 1742 le confluent des deux Saskatchewan. La même année, les fils La Vérendrye s'enfoncent en pays sioux et gagnent les Rocheuses où ils s'engagent dans la vallée de Yellowstone. Ils traversent à cette occasion les territoires des Sioux Oglalalahs, Dakotas et Brûlés, ceux des Shoshones, des Cheyennes et des Corbeaux et gagnent ainsi le nord-est de l'actuel Wyoming où les " Gens de l'Arc " leur révèlent l'existence non loin de là, d'une grande " Eau salée "(l'Océan ou le Grand Lac Salé ?). Le bilan de l'expédition était tout à fait exceptionnel, ce qui n'empêcha pas Maurepas, alors secrétaire d'État à la Marine, de constater qu'il " s'en fallait de beaucoup qu'il eût trouvé quelque chose de satisfaisant.. " A la même époque, entre 1739 et 1741, les frères Mallet ont réalisé un voyage qui les a conduits du Missouri jusqu'à Santa Fe, au Nouveau Mexique, par les territoires des actuels États du Nebraska et du Colorado, ce qui leur a peut-être permis de voir les Rocheuses avant les fils de La Vérendrye. En 1743, c'est La Jemmeraye, le compagnon de ceux-ci, qui explore les fameuses Bad Lands situées au sud du Dakota, visité à la même époque par le père Binoteau.
Le Grand Ouest était ainsi révélé par les Français venus du Canada ou de Louisiane, mais le peu d'intérêt que suscitaient leurs découvertes à Versailles ne pouvait que rendre inutiles les sacrifices et les efforts ainsi consentis. Peu soucieuse des " quelques arpents de neige " du Canada, la France de Louis XV ne va pas mesurer l'importance des enjeux américains et elle ne fournira jamais aux pionniers du Nouveau Monde les moyens humains et financiers dont ils auraient dû bénéficier...

CANOTS ET PORTAGES

Le père Lafitau est parti pour le canada à la fin du règne de Louis XIV II en ramène, sous la Régence, ses premiers écrits. Il est, moins en France qu'à l'étranger, et notamment en Angleterre, un des auteurs français les plus édités, donc sans doute les plus lus, au cours du XVIII° siècle, sur ces contrées, II marque l'importance des lacs et des rivières en Amérique, en soulignant que " les fleuves de l'Europe sont des ruisseaux en comparaison de ceux de ce Nouveau Monde ". Or les sauvages voyagent par eau, hardiment, soit sur des canots de peau comme les Esquimaux qu'il décrit d'après Jollier, soit sur des balzes comme les Indiens du Pérou, décrits en 1714 par le père Feuillé, soit sur des pirogues comme les Caraïbes, soit enfin sur des canots d'écorce. Les pirogues ne valent rien au Canada, " à cause de la multiplicité des sauts et des cataractes. Les canots d'écorce au contraire sont très commodes pour les grands voyages ". Leur légèreté permet le portage " Les canots d'écorce de bouleau sont le chef-d'œuvre de l'art des sauvages. Rien n'est plus joli et plus admirable que ces machines fragiles avec quoi cependant on porte des poids immenses. " Les canots peuvent avoir deux, quatre et même dix places ; " L'écorce qui en fait le fond n'a guère au-delà de l'épaisseur d'un ou deux écus. " Leur construction délicate et solide est précisément décrite. Ces canots sont évidemment fragiles et les trous doivent être bouchés " avec de la gomme d'épinette ", ou de résineux. On chavire facilement, on ne peut guère leur faire porter de voiles, ce qui rend difficile la traversée des lacs sur lesquels on ne s'aventure qu'en rangeant les terres. Dans les cataractes on fait le portage, avec de l'habileté on peut rester au fil de l'eau dans les sauts. " Ceux qui ne sont pas accoutumés à ces sortes de navigation frémissent à l'idée seule qu'on puisse se commettre dans des passages si dangereux, à la merci d'une simple écorce. " Bretelles pour le portage et patins qui transforment l'hiver les canots en traîneaux sont adaptables. Enfin, les raquettes pour marcher dans la neige sont familières aux sauvages qui s'orientent très bien dans leurs routes et " ont quelques connaissances de l'astronomie qui sert à régler leur temps et à diriger leurs courses ".

PHILIPPE BONNICHON
Des cannibales aux castors.
France-Empire, Paris, 1994, p. 204-20.5.


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